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On a tous déjà eu ce moment de réflexion devant l'aquarium. Vos guppys tournent en rond et vous vous demandez s'ils ne seraient pas mieux dehors, au grand air. Ou peut-être cherchez-vous une méthode radicale (et bio) pour nettoyer votre terrasse des moustiques cet été ? La peur de retrouver ses poissons le ventre à l'air après une nuit fraîche paralyse souvent les débutants. C'est dommage, car sortir ses poissons l'été est probablement le plus beau cadeau que vous puissiez leur faire.
Oui, le guppy (Poecilia reticulata) peut tout à fait vivre en bassin extérieur durant la belle saison. C'est ce qu'on appelle l'estive. Entre fin mai et septembre, le poisson profite du soleil et d'une nourriture vivante qu'il chasse lui-même. Attention cependant : l'eau doit impérativement rester au-dessus de 18°C la nuit. Il faudra rentrer tout le monde dès les premiers froids pour éviter l'hypothermie fatale.
Pourquoi tenter l'aventure de l'extérieur ?
L'estive n'est pas juste une colonie de vacances pour vos poissons. C'est une cure de désintoxication de la vie en captivité. Si vous avez l'habitude de voir vos guppys sous des néons artificiels, le changement va vous choquer.
Voici ce que l'extérieur apporte et qu'aucun aquarium intérieur ne pourra jamais imiter :
- Le soleil change tout : La lumière naturelle et les UV stimulent la pigmentation des écailles. Vos guppys un peu ternes vont devenir éclatants, avec des reflets métalliques impossibles à obtenir sous LED.
- Une croissance dopée aux hormones naturelles : Le bassin est un garde-manger ouvert 24h/24. La présence continue de nourriture vivante, comme les larves et les insectes, accélère la croissance des alevins de façon spectaculaire.
- Des poissons increvables : La variation naturelle des températures entre le jour et la nuit renforce le système immunitaire de la souche. C'est du "training" physiologique.
- La fin des moustiques : Le guppy est une machine à tuer les larves de moustiques tigres. Un « Poubellarium » sur un balcon est plus efficace que n'importe quelle prise insecticide chimique.
Les règles de survie avant de se lancer
Ne foncez pas tête baissée. Réussir son estive demande de maîtriser quelques paramètres techniques. On ne joue pas aux apprentis sorciers avec des animaux vivants.
La température, c'est la vie (ou la mort)
C'est le facteur numéro un de mortalité. Le guppy reste un poisson tropical, ce n'est pas un poisson rouge ni une carpe koï.
Vous ne devez jamais sortir vos poissons tant que la température nocturne de l'eau ne se stabilise pas au-dessus de 18-20°C.
En pratique, ça nous amène souvent à fin mai ou début juin selon votre région. Dans le sud de la France, on gagne quelques semaines ; dans le Nord, on patiente. À l'inverse, la rentrée des classes est obligatoire dès que l'eau descend durablement sous 17°C, généralement en septembre ou tout début octobre.
Achetez un thermomètre à sonde avec mémoire "Min/Max". Cela vous permet de vérifier la température la plus basse atteinte au cœur de la nuit. C'est cette valeur qui compte, pas celle de l'après-midi au soleil.

Bassin ou Poubellarium ?
Oubliez les petits bocaux ou les vases déco. Pour encaisser les variations thermiques (la canicule le jour et la fraîcheur à 4h du matin), il vous faut de l'inertie thermique. C'est de la physique de base : plus il y a d'eau, moins la température bouge vite.
- Le bassin préformé : C'est le top, mais attention à la logistique. Repêcher de minuscules poissons dans 500 litres d'eau vaseuse à l'automne peut virer au cauchemar.
- Le « Poubellarium » : C'est la star des balcons urbains. On utilise un grand contenant (récupérateur d'eau, grande poubelle noire, bac de maçon) de 80 à 100 litres minimum. Les parois opaques rassurent les poissons qui se sentent protégés, et le volume assure la stabilité.
Quelles souches choisir ?
Tous les guppys ne sont pas égaux face à la vie sauvage.
Soyons clairs : les Guppys de sélection (Show Guppies) aux voiles immenses que vous payez une fortune en animalerie sont des athlètes de salon. Ils sont fragiles, nagent mal et risquent de claquer au premier coup de vent.
Misez plutôt sur :
- Les souches d'éleveurs amateurs, habituées à une eau du robinet classique ("guppys de gouttière").
- Les Endlers (Poecilia wingei) ou hybrides Guppy/Endler. Ils sont plus petits, plus vifs et infiniment plus rustiques. Ce sont les vrais rois du poubellarium.
| Paramètre | Aquarium Intérieur | Bassin Extérieur |
|---|---|---|
| Température | Constante (Chauffage) | Variable (Jour/Nuit) |
| Nourrissage | Manuel (1-2 fois/jour) | Auto-suffisant à 80% (Larves/Insectes) |
| Filtration | Pompe électrique requise | Low-tech (Plantes + bactéries) |
| Lumière | Artificielle (Cycle fixe) | Naturelle (Cycle solaire + Météo) |
Installation du bac en 5 étapes
Voici le protocole pour monter un bac « Low-tech » (sans électricité) qui tient la route :
- L'emplacement stratégique : Visez la mi-ombre. Le soleil direct toute la journée transformera votre bac en bouillon de culture (plus de 30°C) et tuera vos poissons par manque d'oxygène. Le soleil du matin est parfait.
- Remplissage et patience : Remplissez avec de l'eau du robinet (ou un mélange 50/50 avec de l'eau de pluie). Laissez reposer 3 à 4 semaines. L'eau devient verte ? C'est une excellente nouvelle. Ces algues microscopiques sont la base de la chaîne alimentaire.
- La jungle aquatique : Les plantes sont votre filtre. Abusez des plantes à croissance rapide comme le Ceratophyllum demersum ou l'Egeria densa. Ajoutez des plantes de surface (Nénuphars, Laitue d'eau, Jacinthes d'eau) pour créer de l'ombre et fournir des cachettes vitales contre les oiseaux ou les chats.
- Zéro filtre : Si votre volume dépasse 80L et que la plantation est dense, débranchez tout. Pas de pompe. L'écosystème s'équilibre tout seul.
- Les nettoyeurs : Une semaine avant les poissons, introduisez une souche de daphnies ou d'ostracodes. Elles nettoieront l'eau et serviront de premier repas de bienvenue aux guppys.

L'acclimatation : le moment de vérité
C'est là que tout se joue. Passer d'un aquarium chauffé à 24°C avec une eau cristalline à un bassin extérieur à 20°C chargé en matières organiques est un choc violent. Une acclimatation bâclée, c'est la mort assurée par choc osmotique ou thermique.
La méthode du goutte-à-goutte :
- Placez vos guppys dans un seau avec l'eau de leur aquarium d'origine.
- Utilisez un petit tuyau à air avec un robinet (ou faites un nœud) pour faire couler l'eau du bassin dans le seau, très lentement.
- Prenez votre temps : l'opération doit durer au moins 2 à 3 heures.
- Le volume d'eau doit tripler (1/3 eau aquarium, 2/3 eau bassin) avant de libérer les poissons.
- Ne versez pas le seau dans le bassin. Épuisettez délicatement les poissons pour les relâcher.
Entretien : le paradoxe de l'estive
Le plus dur en extérieur, c'est d'accepter d'en faire moins.
En aquarium, vous êtes le seul fournisseur de nourriture. Dehors, la nature bosse pour vous. Les insectes tombent, les moustiques pondent.
- La main légère sur la nourriture : Réduisez drastiquement les doses. Quelques granulés une à deux fois par semaine suffisent pour vérifier que tout le monde est vivant et réactif. Si les ventres sont ronds, ne donnez rien.
- L'évaporation : En été, le niveau baisse vite. Complétez avec de l'eau de pluie ou de l'eau reposée pour maintenir le volume et la stabilité thermique.
- Guerre aux prédateurs : Surveillez l'apparition de larves de libellules ou de dytiques. Ces insectes sont des prédateurs voraces capables de dévorer un guppy adulte. Si vous en voyez, sortez-les.
La pêche de fin de saison
C'est la partie que tout le monde redoute : la pêche miraculeuse dans une eau trouble et froide.
Le signal de départ
Surveillez la météo chaque matin à partir de fin août. Dès que les nuits descendent régulièrement sous 15°C (ce qui fait chuter l'eau vers 17°C), il est temps de siffler la fin de la récréation. N'attendez surtout pas le gel.
La récolte
Vous aviez mis 3 mâles et 6 femelles ? Préparez-vous psychologiquement à récupérer 100 poissons.
Pour attraper les alevins qui fusent comme des éclairs :
- Baissez le niveau d'eau au maximum (ne laissez que 10-15 cm d'eau).
- Retirez toutes les plantes flottantes et le décor.
- Utilisez une bouteille en plastique inversée (goulot coupé et retourné vers l'intérieur) avec un peu de nourriture au fond. C'est un piège redoutable pour les alevins impossibles à attraper à l'épuisette.
- Anticipez le retour : remettre 100 poissons d'un coup dans votre aquarium principal va provoquer un pic de pollution (nitrites). Prévoyez des bacs de transition ou donnez le surplus.
Erreurs fréquentes et éthique
L'estive implique une responsabilité. Au-delà du bien-être animal, vous avez une responsabilité légale.
Danger Écologique**
Il est strictement interdit de relâcher des guppys (ou tout autre poisson d'ornement) dans la nature, les rivières, les étangs publics ou les canaux. Le guppy peut devenir une espèce invasive ou véhiculer des maladies qui décimeront la faune locale. L'estive se fait uniquement en circuit fermé (bassin de jardin privé, poubellarium sans déversoir vers la nature).
Gare aussi aux canicules. Si l'eau monte à 32-33°C, l'oxygène se raréfie dangereusement. Dans ce cas, il faut ombrer le bassin en urgence et faire un changement d'eau partiel avec de l'eau plus fraîche pour réoxygéner le milieu.
FAQ
Les guppys peuvent-ils passer l'hiver dehors ?
Non, absolument pas. Le guppy vient d'Amérique du Sud. Une exposition prolongée sous les 15°C le tue. L'hiver en France ou en Belgique signifie une mort certaine à 100%.
Quelle température minimale pour des guppys en bassin ?
Le seuil de sécurité est de 18°C la nuit. Une souche rustique bien acclimatée peut tolérer un petit 15-16°C au petit matin de façon ponctuelle, mais si cela dure, le poisson s'affaiblit et attrape la maladie des points blancs.
Faut-il une pompe ou un filtre ?
Non, à condition de respecter deux règles : un volume d'eau suffisant (plus de 80 litres) et une plantation dense. Les plantes et les bactéries du substrat assurent la filtration biologique. C'est le principe du Low-tech.
Que mangent-ils dehors ?
Ils mangent ce que le bassin produit : larves de moustiques, petits insectes noyés, daphnies, vers et algues. L'apport de nourriture industrielle ne doit être qu'un complément plaisir, pas une nécessité.